Port-au-Prince, 29 août 2026. Et si l’art pouvait offrir aux enfants ce que les circonstances leur ont parfois arraché : un espace pour s’exprimer, raconter leur histoire et simplement être entendus ?
C’est dans cet esprit que la peintre Vanessa St-val a organisé une rencontre consacrée à l’expression artistique et à la parole des enfants et des jeunes vivant sur des sites de personnes déplacées en Haïti, dans le cadre des activités marquant la Journée mondiale de l’aide humanitaire.
La rencontre, pensée comme un moment de création, de dialogue et de reconnaissance, a réuni des enfants, des jeunes, des artistes ainsi que des représentants d’organisations humanitaires et internationales. Elle a notamment bénéficié de la présence de représentants de COOPI – Cooperazione Internazionale, de l’UNESCO, du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) et de la coordination humanitaire.
Derrière l’exposition et la remise des certificats, l’initiative portait un message plus profond : ne pas réduire les personnes déplacées à des chiffres, mais permettre de regarder les individus, leurs histoires, leurs émotions et leurs aspirations.
La rencontre s’est ouverte sur une réflexion autour du rôle de l’art dans la représentation de l’être humain. Une référence à Francis Bacon rappelait cette idée selon laquelle « l’art, c’est l’homme ajouté à la nature ».
Cette pensée trouvait une résonance particulière dans le contexte de l’événement. Pour Vanessa St-val, la peinture n’est pas seulement une pratique esthétique. Elle peut devenir un langage lorsque les mots manquent, un espace de respiration lorsque le quotidien est marqué par l’incertitude, et un moyen de rendre visibles des expériences souvent confinées aux statistiques humanitaires.
L’exposition présentée dans le cadre de la rencontre a ainsi placé la création artistique au cœur d’une démarche de sensibilisation. Les œuvres réalisées par les jeunes participants ont permis de faire émerger des regards singuliers sur leur environnement, leurs expériences et leur perception de la réalité. Dans un contexte où les enfants déplacés sont souvent évoqués à travers des données sur les déplacements, la vulnérabilité ou les besoins humanitaires, l’initiative de Vanessa St-val propose une autre manière de les regarder : comme des enfants capables de créer, d’imaginer, de témoigner et de porter eux-mêmes un message.
L’un des moments les plus significatifs de la cérémonie a été consacré aux témoignages de quatre jeunes issus de différents sites accueillant des personnes déplacées. Lovensky Presmy, du site DG-PNH/Pacot Descolline, Fanilus Cathrina Alix, membre du CPC du site Club International, François Betchina, de Cité Bob à Meyotte, ainsi que Jean Joseph Carine, représentant la DG-PNH, ont pris la parole. Leur présence a rappelé une réalité essentielle : derrière chaque déplacement se trouvent des parcours individuels, des familles, des souvenirs, des difficultés et des projets d’avenir.
La parole donnée à ces jeunes a donc dépassé le simple cadre d’une cérémonie. Elle a constitué un acte de reconnaissance. « Derrière les chiffres et les statistiques, il y a des histoires, des rêves, des difficultés, mais aussi une grande capacité de résilience », soulignait le message porté lors de la cérémonie. Cette résilience est précisément l’un des fils conducteurs de l’initiative artistique.
La phrase de Paul Klee, « L’art ne produit pas le visible, il rend visible », a également accompagné la présentation des œuvres. Elle résume avec justesse la démarche de cette exposition. La peinture ne change pas à elle seule les conditions de vie des personnes déplacées. Elle ne remplace ni l’aide humanitaire, ni la protection, ni l’éducation, ni l’accès au logement. Mais elle peut accomplir quelque chose d’essentiel : rendre visibles des expériences humaines que l’urgence tend parfois à rendre anonymes.
En organisant cette rencontre, Vanessa St-val a ainsi créé un pont entre l’art et l’action humanitaire. Les tableaux deviennent des supports de dialogue, tandis que les enfants deviennent eux-mêmes des acteurs de l’événement. L’exposition invite alors le visiteur à ne pas seulement regarder des œuvres, mais à s’interroger sur ce qu’elles racontent.
La présence de plusieurs organisations engagées dans la réponse humanitaire a donné à l’événement une dimension institutionnelle. COOPI, présente en Haïti depuis 2010, intervient notamment dans les domaines de la santé, de la protection, de la nutrition et de la sécurité alimentaire, de l’éducation en situation d’urgence ainsi que de la gestion des risques et des catastrophes.
La participation de représentants de l’UNESCO et de l’OCHA a également inscrit la rencontre dans une réflexion plus large sur la protection, l’éducation, la culture et la réponse aux crises. Mais au-delà des institutions, le véritable centre de gravité de cette journée demeurait les jeunes participants. Les certificats remis aux participants ont symbolisé une reconnaissance de leur créativité et de leur engagement. Ils n’étaient pas seulement récompensés pour une œuvre : ils étaient encouragés à continuer à créer, à raconter et à prendre leur place.
Peintre, Vanessa St-val inscrit son travail dans une conception de l’art qui dépasse la seule recherche esthétique. À travers cette initiative, elle défend une vision de la création comme outil de rencontre et de transmission. Son choix de travailler avec des enfants et des jeunes déplacés donne à son engagement artistique une dimension particulièrement humaine.
Un espace où un enfant peut prendre un pinceau plutôt que de rester défini par sa situation de déplacement. Un espace où une œuvre peut devenir un témoignage. Un espace où le public peut écouter plutôt que simplement observer.
Dans une Haïti confrontée à de profondes crises sociales et humanitaires, cette démarche rappelle que la culture ne constitue pas un luxe réservé aux périodes de stabilité. Elle peut, au contraire, participer à la reconstruction du lien social et contribuer à préserver la dignité des personnes fragilisées.
La rencontre du 29 août ne s’est pas limitée à une succession de discours, de témoignages et de remises de certificats. La visite guidée de l’exposition a permis aux participants, aux artistes, aux représentants institutionnels et au public d’échanger directement autour des œuvres. Les enfants et les jeunes ont ainsi été placés au cœur d’un dialogue avec les adultes et les institutions. Ce moment d’échange est peut-être l’un des enseignements majeurs de l’initiative de Vanessa St-val : l’humanitaire ne se résume pas à apporter une assistance ; il consiste aussi à restaurer la capacité des personnes à raconter leur propre histoire.
Et parfois, une toile suffit pour commencer une conversation.
Une œuvre, une voix, une présence
En choisissant de réunir l’art, la jeunesse et la question du déplacement, Vanessa St-val propose finalement une autre manière de parler de la crise humanitaire en Haïti.
Non pas seulement par les chiffres.
Non pas seulement par les besoins.
Mais aussi par les couleurs, les regards, les émotions et les rêves d’une génération qui refuse de disparaître derrière les statistiques.
Dans cette rencontre, les enfants déplacés n’étaient donc pas uniquement des bénéficiaires d’une activité. Ils en étaient les protagonistes.
Et leurs œuvres, exposées aux regards du public, portaient un message simple mais puissant : même dans l’épreuve, la créativité demeure une forme de présence au monde.
K.Tellor

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