Le 24 janvier 2026, la région métropolitaine de Port-au-Prince s’est réveillée sous le signe d’un message clair, direct et sans détour. Des bandeaux soigneusement déployés dans des lieux hautement symboliques ont porté une même inscription : « Tout dyalòg dwe chita sou sekirite, eleksyon ak estabilite ». À travers cette action publique, le mouvement Lilè Litan a inscrit son nom dans l’actualité politique nationale comme une voix qui refuse le bruit inutile et exige un débat de fond.
Cette initiative ne relève ni du hasard ni d’un simple geste militant. Elle s’inscrit dans un contexte politique tendu, marqué par la crise ouverte entre le Conseil présidentiel de transition (CPT) et le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, suite à sa révocation. En choisissant l’espace public comme tribune, Lilè Litan rappelle que la crise institutionnelle ne peut être réglée en vase clos, loin des préoccupations réelles de la population.
Les bandeaux ont été stratégiquement installés devant des lieux de pouvoir et de rassemblement : la Villa d’Accueil, la Primature, mais aussi devant des églises emblématiques comme l’Immaculée Conception de Delmas 75, Saint-Thérèse de Pétion-Ville, ainsi qu’à Pèlerin. Ce choix géographique n’est pas neutre : il relie le politique, le spirituel et le citoyen dans un même espace de réflexion collective.
À travers ce message, Lilè Litan pose un cadre clair : aucun dialogue politique sérieux ne peut être engagé sans aborder en priorité la sécurité, condition minimale de la vie sociale ; les élections, comme mécanisme de légitimation du pouvoir ; et la stabilité, indispensable pour toute projection nationale. Le mouvement rejette ainsi les dialogues de façade, souvent utilisés pour gagner du temps sans résoudre l’essentiel. Le leadership du mouvement repose sur une équipe structurée. Ernseau Letang, coordonnateur national de Lilè Litan, incarne cette ligne de fermeté lucide, refusant à la fois la violence et la complaisance. À ses côtés, Runold Fortuné, coordonnateur adjoint, et Claudy Alexis, responsable de la communication, assurent la cohérence stratégique et la lisibilité du message auprès du public.
Dans une période où la parole politique est souvent discréditée, l’action de Lilè Litan se distingue par sa sobriété et sa précision. Aucun slogan creux, aucune attaque personnelle : seulement une interpellation directe adressée aux décideurs, les invitant à revenir aux fondamentaux de l’État et de la gouvernance. Cette démarche intervient à un moment critique, où la révocation du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a ravivé les débats sur la légitimité, les compétences et les limites des institutions de transition. Lilè Litan ne prend pas seulement position dans un conflit ; il élève le débat en rappelant que la crise dépasse les individus et concerne l’architecture même du pouvoir.
En investissant des lieux comme la Primature et la Villa d’Accueil, le mouvement adresse un message sans équivoque au CPT : les décisions politiques doivent être lisibles, responsables et ancrées dans une vision de sortie de crise. La rue, ici, ne crie pas ; elle écrit, elle signale, elle interpelle avec méthode. Le passage par les espaces religieux ajoute une dimension morale à l’action. Il rappelle que la crise haïtienne n’est pas seulement institutionnelle, mais aussi éthique. Gouverner, dialoguer et décider impliquent une responsabilité devant le peuple, mais aussi devant l’histoire.
En définitive, l’action du 24 janvier 2026 positionne Lilè Litan comme un acteur citoyen conscient, exigeant et résolument tourné vers une refondation du dialogue national. Dans un pays saturé de crises et de paroles vaines, ce geste simple mais puissant rappelle une vérité essentielle : le temps est venu de parler peu, mais de parler juste.
Aterson-N Sainval

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