Eddy R. Cadet : le 7 février 2026, héritage de 1986 et révélateur d’un État en panne de vision

Eddy R. Cadet : le 7 février 2026, héritage de 1986 et révélateur d’un État en panne de vision

Invité le 12 janvier 2026 à l’émission Agora, animée par Georges Allen, l’analyste politique Eddy R. Cadet a livré une intervention dense, structurée et profondément ancrée dans l’histoire politique haïtienne autour du thème : « 7 février 2026 : le nouveau rendez-vous d’Haïti avec l’Histoire ». Par une approche à la fois historique, institutionnelle et critique, il a su replacer cette date dans toute sa portée symbolique et politique.

D’entrée de jeu, il a posé un principe fondamental : pour comprendre la situation actuelle, il faut remonter à la cause causante de la cause causée. Autrement dit, revenir au 7 février 1986, quarante ans plus tôt, date marquant la chute de la dictature des Duvalier avec le départ du président à vie Jean-Claude Duvalier.

Selon lui, depuis cet événement fondateur, les 7 février post-1986 ne sont jamais de simples repères calendaires. Ils constituent plutôt des moments de forte charge politique, souvent révélateurs de tensions majeures, de crises de légitimité ou de changements imminents au sommet de l’État. Depuis une génération d’hommes et de femmes politiques, cette date s’est imposée comme un thermomètre de la fragilité institutionnelle haïtienne, traduisant l’incapacité chronique à construire une stabilité durable.

Dans une seconde lecture, Mr Cadet s’est penché sur la crise sécuritaire actuelle, dénonçant ce qu’il qualifie de manque d’intelligence stratégique au sein de l’appareil d’État. Il a notamment interrogé la décision du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et des membres du Conseil présidentiel de transition (CPT) dans leur manière d’aborder le rétablissement de la sécurité. Il a soulevé une question centrale qui touche l’intérêt général :
Existe-t-il un véritable programme de réinsertion pour les jeunes influencés à intégrer les gangs armés et pour ceux qui souhaitent aujourd’hui déposer les armes ? Tout en reconnaissant les efforts considérables de la Police nationale dans la lutte contre les groupes armés, il a insisté sur le fait que l’État ne peut se limiter à une logique strictement répressive. Il doit aussi projeter une image protectrice, construire un cadre clair d’accompagnement et de réinsertion, faute de quoi la situation donne l’impression de deux camps armés s’affrontant, sans médiation institutionnelle crédible.

Enfin, l’analyste a élargi la lecture de l’échec actuel au-delà du seul Conseil présidentiel de transition (CPT). Selon lui, la responsabilité est collective et incombe également aux signataires de l’accord du 3 avril, dont est directement issu le CPT. Dans cette perspective, l’échéance du 7 février 2026 apparaît comme un moment de clarification incontournable : le CPT devra se retirer du pouvoir, conformément aux engagements pris.

Par ailleurs, évoquant la médiation autour de Mgr Dumas, Mr. Cadet a plaidé en faveur d’un dialogue véritablement inclusif, qui ne se limite pas aux acteurs déjà impliqués dans l’échec actuel. Il appelle à l’intégration de nouvelles coalitions, notamment celles portées par la jeunesse, afin de jeter les bases d’un consensus interhaïtien crédible. Pour Eddy R. Cadet, l’avenir du pays passe impérativement par la conclusion d’un nouvel accord authentiquement interhaïtien, seul capable de restaurer un minimum de confiance, de stabilité politique et de cohésion nationale. À défaut, Haïti risque de revivre, une fois encore, un 7 février marqué par l’incertitude plutôt que par l’espérance.

À travers une analyse rigoureuse, historique et sans complaisance, le politique a démontré à l’émission Agora sur la Rtvc que le 7 février 2026 n’est pas seulement une date à venir, mais un nouveau test de maturité politique pour l’État haïtien. Son intervention a marqué par sa profondeur, sa cohérence et sa capacité à poser les vraies questions là où elles dérangent, mais demeurent indispensables pour penser l’avenir d’Haïti.

Aterson-N SAINVAL

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